Depuis trois mois, l’Europe bombarde la Lybie sans répit. Elle prétend mettre fin au régime de Kadhafi, celui là que les puissants de ce monde adoubaient par le passé. Cette guerre coute chère. Et constitue un précédent dangereux !
- En décidant de désorganiser la Lybie, Sarkozy et alliés veulent faire main basse sur la richesse libyenne. Tout le monde sait que la Lybie est un marécage de pétrole. Cela suscite l’appétit des grands de ce monde. C’est d’ailleurs ce qui a amené des ballets de chefs d’état européens en Lybie oubliant que Kadhafi n’a jamais été fréquentable. Sarkozy a préféré au nom du business sacrifié la démocratie et l’Etat de droit en Lybie pour recevoir avec faste le roi des rois d’Afrique en 2007. Kadhafi avait même posé sa tente de bédouin à l’Elysée. A l’heure actuelle, tous ceux qui reconnaissent le régime de Benghazi le font sans doute pour des intérêts quelconques. L’Otan bombarde, détruit tout sur son passage. Après avoir tout détruit, il faudra reconstruire la Lybie. Et puisque l’état libyen n’existe plus, il faut envoyer des multinationales qui viendront rafler tout le marché. Lors de son dernier voyage en 2007 en France, Sarkozy n’a pas voulu parler de droit de l’homme à Kadhafi. Au contraire, tout a été axé sur le business. Nicolas Sarkozy avait fièrement parlé de la signature de contrats dune «dizaine de milliards d'euros». C’était pour fournir essentiellement de matériels militaires pour réprimer les paisibles libyens. Qui est coupable : le fabricant de la chicotte, l’utilisateur ? Les deux sont coupables. Aussi à l’époque, Claude Guéant aujourd’hui ministre de l’intérieur de Sarkozy déclarait fièrement que la visite du roi des rois d’Afrique a permis de signer des contrats qui permettrait la création sur 5 ans pour les français de « l'équivalent de 30.000 emplois». Tripoli avait confirmé l’achat de 21 Airbus pour un montant de près de 3,2 milliards de dollars. Au nom du business, les tyrans ont eu une place en France.
- En décidant de parachuter des armes à des civiles, la France crée un précédent dangereux. On avait accusé le Soudan de soutenir des rébellions qui déstabilisaient le Tchad. Pour avoir nargué l’occident le président soudanais est recherché par le tribunal pénal international. Quel crédit donné à un pays qui décide d’armer les civils. La France terre des droits de l’homme décide de doter chaque libyen d’un fusil d’assaut. Pourquoi parachuter des armes à des paisibles gens qui ne désirent que vivre en paix. En les armant, Paris leur donne la possibilité de militariser des tribus qui pourront demain retourner l’arme contre les européens. On ne pourra pas s’étonner demain que des tribus puissent user des ces armes pour capturer des occidentaux et exiger comme en Somalie des rançons en devises.
- Ce que l’occident ignore, l’insurrection libyenne est armée. Ce n’est pas le cas en Tunisie, Egypte puisque dans ces deux pays, les citoyens manifestaient pour de lendemains meilleurs. On se rappelle que par le passé, l’Europe chantait les louanges et les mérites des régimes de Ben Ali en Tunisie et d’Hosni Moubarak en Egypte. Ils étaient des modèles, des remparts contre l’islamisme. Aujourd’hui, la rue a décidé autrement. En Lybie, ce sont d’anciens barrons du régime Kadhafi qui décident de prendre le pouvoir. Ils s’émancipent de leur maître. Il s’agit d’une rébellion. Il ne faut souvent pas confondre foule et peuple. En Lybie c’est un groupe non homogène qui a comme seul souci de conquérir le pouvoir. On ne sait presque rien de leur motivation future. C’est clair que l’Occident joue à un jeu très dangereux. Le CNT adulé aujourd’hui sera le bourreau de ceux qui le poussent à conquérir le pouvoir demain.
- La chute du clan Kadhafi ne résoudra aucun problème. Très peu de gens en Lybie savent ce que signifie démocratie. L’Etat n’a jamais existé et ceux qui aujourd’hui agissent au sein du CNT ignorent que la démocratie rime avec liberté. Loin de moi de prédire l’avenir mais comme en Côte d’Ivoire, nous allons assister à des règlements de compte et à des exécutions sommaires.
- Le désordre en Lybie a permis une éclosion du trafique d’armes de tout genre. Récemment au Niger, l’armée a intercepté une importante cargaison d’arme à destination des bandes armées qui écument le Sahel. On parle de livraison pour Al-Qaïda au Maghreb. Dieu seul combien de tonnes d’armes sont déjà dans les mains de bandits armés. Le désordre en Lybie menaces les Etats voisins. Le Niger et le Tchad qui partagent des milliers de km de frontière avec la Lybie craignent pour leur sécurité. Il y a un réel risque de déstabilisation de la sous région. La Lybie était l’île où des millions de subsahariens qui faute de trouver dans la terre la nourriture qu’il leur faut, vont en Lybie et par de petits boulots sauvent la famille. Ils sont tous revenus dans leur pays. Et sans argent, ils seront obligés de voler, de braquer.
- Le Conseil National de Transition basé à Benghazi parle d’une seule voix pour l’heure. Chose normale parce qu’il y a un ennemi commun qui se nomme Kadhafi. Lorsque celui-ci partira, les membres du CNT étaleront leur divergence aux yeux du monde. Chacun voudra une bonne part du butin et ainsi naitront les grincements de dents. Et comme tout le monde est armé, on assistera sans nul doute à des émiettements de mouvements qui se feront la guerre à l’image des cartels de drogues qui pour contrôler un territoire se livrent une guerre sans merci.
En cherchant à mettre la main sur la richesse du sous sol libyen, l’Europe de Sarkozy et l’Amérique d’Obama déstabilise le tissu des voisins de la Lybie. En parachutant les armes à des civiles, la France crée les jalons d’une autre insurrection qui lui jouera bien de tour. La Libye contenait ses milliers de candidats qui rêvent de l’Europe. Désormais, l’Europe accueillera cette misère.
Et cette guerre coute chère. Chaque sortie d’avion militaire se chiffre en milliers d’euros. Si on fait la somme des couts, les munitions ont déjà couté au moins 39.360.000.000 milliards de CFA, 16.400.000.000 milliards de primes aux militaires engagés dans la bataille. Si on ajoute les couts indirects de cette sale guerre, on franchit la bagatelle somme de 59.040.000.000 milliards de CFA. A tout cela, il faut ajouter les dégâts au sol, les pertes en vie humaines, la prolifération des armes,…
C'est bien dommage que l’Europe au nom de ses intérêts, décide de ne voir que ce qu’elle veut voir et n’entendre que ce qu’elle veut entendre. On sait quand commence une guerre mais on ne sait pas quand elle prendre fin.
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